Parcours d'Officier

« Parcours officier » atypique d’un sous-officier électrotechnicien

Je m’appelle Emmanuel Goffi.. J’ai 38 ans. Je suis père de famille et capitaine spécialiste en relations internationales et communication.

09 juin 1992 : j’arrive à pas feutrés sur la Base aérienne 726 de Nîmes. L’accueil y est froid et la rigueur transparait dans la manière dont les cadres nous parlent… Mon passage par l’Ecole de formation initiale des sous-officiers (EFISO) de Nîmes reste aujourd’hui encore un des moments les plus marquants de ma carrière. Six mois plus tard, mon Certificat d’aptitude militaire en poche, je rejoins Rochefort pour une formation en électrotechnique de 54 semaines à l’issue desquelles je serai plongé dans le vif du sujet en étant affecté sur la BA 200 d’Apt au sein de l’Equipe soutien technique spécialisé. Deuxième étape d’une carrière qui débute et qui me laissera là encore quelques magnifiques souvenirs. Avoir travaillé sur les missiles du Plateau d’Albion, être descendu dans les silos, est aujourd’hui pour moi une source de fierté. C’est à Apt que j’ai appris non seulement mon métier d’électrotechnicien mais aussi à découvrir l’Armée de l’air, ses règles, ses coutumes, ses exigences….

En 1997, je passe mon baccalauréat littéraire avec pour ambition de présenter le concours d’admission à l’Ecole militaire de l’air (EMA). Dans le même temps nous apprenons que le Président Chirac a décidé de mettre un terme à la composante sol de notre défense nucléaire. Après trois ans je quitte donc le Lubéron pour rejoindre Bordeaux et travailler au sein des Equipes de maintenance des centrales électriques de l’Atelier de réparation de l’Armée de l’air.

Entre mes périples sur les bases de France pour assurer la maintenance des centrales, je prends le temps de préparer le concours de l’EMA. Après un premier échec en 1998, je suis admis à intégrer l’EMA au titre de la promotion 2000. A la suite d’une année mouvementée à Salon de Provence, je suis affecté au Centre informatique de gestion de l’Armée de l’air à Brétigny pour y suivre une préparation au concours « Info 1 ». Echec cinglant et il me faut me rendre à l’évidence : je suis nul en informatique !!!! Une deuxième tentative, un deuxième échec et une demande de changement de spécialité plus tard, je passe d’informaticien à « spécialiste en relations internationales et communication » et suis affecté en septembre 2002, comme rédacteur-linguiste au cabinet du Chef d’état-major de l’Armée de l’air pour y assurer la rédaction des certains discours du CEMAA et la traduction de documents divers. Je découvre au cabinet du CEMAA un monde particulièrement exigeant, mais également l’intensité du travail en état-major. Fort de cette nouvelle expérience, je quitte Balard pour l’Ecole militaire où je rejoins la Délégation à l’information et à la communication de la Défense (DICoD). C’est là, au sein du bureau du porte-parole du ministre de la Défense, que je découvrirai les aspects politico-militaires de ma spécialité. Durant trois années, j’y apprendrai en tant qu’analyste-rédacteur en relations internationales et opérations extérieures, les subtilités de la communication de défense mais également les rouages des relations internationales. Je découvrirai aussi l’importance du facteur militaire dans le domaine, le rôle déterminant de la communication autour des activités militaires et le réel plaisir du travail en interarmées. C’est à cette période que je me lancerai dans la préparation du concours d’admission à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris dans le cadre de l’Enseignement militaire supérieur des sciences et techniques. La qualité et la richesse des informations disponibles à la DICoD, autant que les débats que j’ai pu avoir avec les officiers en place en même temps que moi, auront largement contribués à ma réussite à ce concours.

En octobre 2005, je suis propulsé dans un univers déstabilisant : celui de Sciences-Po ! Je prends alors conscience de mes lacunes et je dois redoubler d’efforts pour tenter de rattraper le niveau de mes jeunes camarades, pour certains en scolarité à Sciences-Po depuis déjà trois ans. Le niveau d’exigence de l’IEP et la charge de travail sont parfois difficiles à gérer. Malgré tout après deux années de scolarité et un passage d’un semestre à la University of Queensland de Brisbane en Australie, je décroche mon master en « Affaires internationales – Conflits et sécurité » avant de revenir à Salon de Provence au sein de la Division de la formation aux sciences et humanités, où j’officie comme professeur de relations internationales et de droit des conflits armés depuis maintenant trois ans. Durant ces trois ans passés au sein des Ecoles, j’aurai poursuivi mes études et obtenu un master en « Histoire militaire » à l’IEP d’Aix avant d’être admis en doctorat à Sciences-Po Paris où je me spécialise en philosophie morale appliquée au recours à la force dans les relations internationales.

10 juillet 2010 : 18 ans ce sont écoulés entre mon entrée à l’EFISO et aujourd’hui. Quand je regarde derrière moi, je ne peux m’empêcher de penser que mon parcours aurait été inconcevable ailleurs que dans l’armée de l’air. Je ne crois pas que d’autres institutions offrent autant d’opportunités de progression. Toutes ces portes qui nous sont proposées, il ne tient qu’à nous d’en trouver les clés et de les ouvrir. Mais cela aurait été également impossible sans le soutien inconditionnel de mon épouse. Si ma carrière m’a apporté une richesse indiscutable sur les plans professionnel et académique, la présence rassurante de ma femme m’a permis de trouver la ressource pour persister. Elle m’a également aidé à ne pas oublier d’où je viens.

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